Les hespéridés : tradition

Ils signent la fraicheur de la très grande majorité́ des fragrances et sont indispensables à la palette des parfumeurs. Vertueuses et naturelles, les filières d’agrumes sont soumises à de nombreux aléas. Du champ au parfum, la situation développée point par point.

Les agrumes rencontrent des difficultés depuis quelques années, liées au verdissement des fruits, à la diminution des surfaces cultivées, ou à des conditions climatiques défavorable.

  • Une production globale des fruits en baisse

Selon le département de l’agriculture des État-Unis, comparée à l’année précédente, la production mondiale des agrumes 2020-2021 affichait +4% avec 98 millions de tonnes, représentées pour moitié par les oranges, suivies par les mandarines, les citrons / citrons verts, et les pamplemousses. La chine est le plus gros producteur, suivi du Brésil et de l’Union Européenne ; les États-Unis, quant à eux, ont des exploitations en déclin. La production globale d’oranges en 2020-2021 était en progression, avec +7% au Brésil et +60% au Mexique et +5% en Union européenne. Celles de mandarines, dans le monde et en Europe, affichent une hausse, principalement sur l’Espagne et l’Italie. Celle, mondiale, du pamplemousse a diminué. Quant au citron, il est resté stable, avec des augmentations au Mexique, Europe et Turquie qui compensaient les baisses en Argentines et aux États-Unis. Les prévisions annuelles de la World Citrus Organisation pour 2021-2022, sur l’hémisphère Nord montrent une production des fruits en baisse de 1,27% par rapport à la saison précédente, avec une diminution de 3,45% de celle d’oranges, de légères réductions pour le pomelo et les agrumes doux, tandis que celle de citrons augmente de 5,64%. Dans l’U.E, les projections 2021-2022 annoncent une baisse de -9,35% en Grèce, -7,74% en Espagne et -2,62% en Italie.

  • Huiles essentielles : le marché dominé par l’orange et le citron

Les productions mondiales d’essences d’agrumes sont portées par l’orange et citron, et sont des sous-produits des fabrications de jus. Celles de lime, pamplemousse, bergamote et mandarine sont plus anecdotiques, (tableau 1). En volumes, le brésil est le plus gros exportateur d’essence d’orange, suivi par les États-Unis, puis l’Europe. Pour le citron, il s’agit de l’Argentine puis l’Europe, et les États-Unis. Les importations françaises d’essences d’orange et de citron, provenant du Brésil, d’Italie et d’Argentine, sont très importantes en volumes (Tableau 2), mais en valeur, l’essence de citron d’Italie est la première (Tableau 3).

  • Des applications variées pour l’essence de citron

L’essence de citron (Citrus limon (L) Burm.F) peut être obtenue par distillation, extraite du jus lors de la concentration, ou par extraction à froid des zestes du fruit. L’Argentine et l’Espagne font des efforts pour réduire l’utilisation et les impacts de pesticides. La chine et l’Inde sont de très gros cultivateurs, mais la production d’huile essentielle et négligeable, tandis que l’Argentine et l’Espagne fournissent environ 70% de la quantité mondiale d’essence. Ce dernier, plus gros fournisseur européen, représente 20 à 25% des quantités mondiales, avec des plantations majoritairement dans le sud du pays, et depuis une dizaine d’années, une culture bio en augmentation. Aux États-Unis, la Californie domine le marché, mais l’eau est le problème majeur. Le Mexique combine citron/citron vert, avec une prédominance pour ce dernier. Et, en Afrique du Sud, les productions sont assez versatiles. Les critères de qualité de l’essence varient, ainsi que les usages. Elle est utilisée dans les arômes, les parfums, L’aromathérapie, les médicaments et les cosmétiques, l’agriculture et l’alimentation animale. Dans les produits ménagers, l’essence de citron est intéressante pour ses propriétés désinfectantes, désodorisantes, ou ses capacités à dissoudre le gras et les cires.

  • Les agrumes italiens, un gage de qualité

L’Italie est le troisième plus gros producteur de citrons en Europe, dont 85% proviennent de Sicile, le reste des cultures se retrouvent en Calabre et un peu en Amalfi, réparties ainsi : Femminello Cormune 53%, Monachello 10,2%, Zagara bianca 23,5%. En Sicile, Femminello représente 75% de la culture locale. Les récoltes se font en novembre à début juin, les fruits verts en début de saison donnent la qualité Primofiore, au printemps, entre avril et juin, c’est la Bianchetto, et, en été Verdello de juin à septembre. L’huile essentielle est extraite par pelatrice ou sfumatrice puis séparée par centrifugation. Différentes technologies telles que la distillation moléculaire, le fractionnement donnent des qualités « sur mesure », sans furocoumarines ou plus concentrées. Le « citron de Syracuse, Femminello » bénéficie d’un Indice Géographique Protégé (IGP). Pour l’essence de bergamote (Citrus bergamia (Risso & Poit.), l’Italie est le premier producteur mondial avec trois cultivars Femminello, Fantastico, Castagnaro, sur une surface d’envrion 1 400 ha. La « Bergamotto Reggio di Calabria » (Photo 5) bénéficie d’une Appellation d’Origine Protégée, délivrée par l’Union européenne, et représente 95% de la production mondiale. Au cours des cinq dernières années, la superficie des cultures de cet agrume a augmenté d’environ 20%. La récolte démarre en hiver, de fin novembre à février, l’huile essentielle est obtenue par extractions pelatrice, torchio ou spugna, et est défurocoumarinisée par distillation moléculaire ; son profil olfactif varie selon le stade de maturité des fruits, verts ou jaunes, le jus a des vertus sur la santé, mais sa consommation est dérisoire. Sur 2 800 à 3 000 ha au total, l’essence de mandarine (Citrus reticulata) est obtenue, avec quatre variétés, Ciacullin Marzole, Avana, Commune, en Calabre et en Sicile, dans la plaine de Palerme. La récolte de la qualité verte a lieu en septembre et octobre, et est destinées aux industries des arômes et des parfums. La mandarine jaune est récoltée en novembre, et la rouge en décembre et janvier. Les mandarines Avana sont parmi les variétés plus courantes, avec une écorce riche en huile essentielle, obtenue par extraction des zestes par pelatrice, ou par sfumatrice (broyage du fruit entier). Le cultivar « Mandarine Tardivo di Ciaculli », territoire agricole d’origine Conca d’Oro, région de Palerme, mûrit plus tardivement, en février-mars. Les oranges rouges Torocco, Moro et Sanguinello, (Citrus sinensis L.Osbeck), cultivées au pied du volcan Etna, dans les régions de Catane, Syracuse et certains territoires de la province d’Enna, bénéficient de l’IGP « Arancia Rossa di Sicilia », cela concerne 6 500 ha certifiés. L’orange a une écorce légèrement rugueuse, d’abord verte, puis jaune, orange et rougeâtre selon la maturité (Photo 6).

  • La durabilité au cœur de la filière

Avec près de 40 000 ha réservés au segment bio en 2019, l’Italie est le premier producteur mondial d’agrumes biologiques en surface cultivée, tandis que le Mexique, bien plus vaste, occupe la deuxième place, avec 12 570 ha consacrés à ce segment (Tableau 4). Malgré des surfaces plus importantes destinées à l’agriculture, la culture biologique de mandarines et d’oranges dans des pays comme les États-Unis et la Chine, ne dépasse pas 5 000 ha. En Espagne, les zones de plantations bios sont bien réparties entre l’Andalousie, les régions de Murcie et de Valence, et la Catalogne. Le centre de développement de l’Agroécologie, soutient le label Les Acteurs du Vivant, certifié par le bureau Veritas. Cyril Gallardo, directeur ingrédients de Mane (Photo 7), précice, « Depuis quelques années, les clients veulent une plus grande traçabillité, jusqu’aux champs, et jusqu’aux producteur, leurs cahiers des charges très complets. Les plans d’action vont donc vers une agriculture raisonnée, avec de tierces parties, comme l’Union for Ethical Bio Trade (UEBT) ou des ONG ». Il ajoute « Les demandes pour des qualités bios augmentent beaucoup en parfumerie, mais la valorisation de cette qualité, plus chère, n’étant pas mise en avant, le produit standard reste majoritairement utilisé ». Gianfranco Capua, président de la société éponyme, développe : « En Italie, nous avons mis en place une filière, des protocoles durables, notamment en ce qui concerne les pesticides, afin d’obtenir des grammes d’huiles essentielles conformes aux récentes normes européennes et mondiales sur la santé et l’environnement ainsi que des méthodes autorisant des certifications bios ». Pour l’ensemble des agrumes, les filières italiennes s’améliorent en termes de durabilité : économie des ressources d’eau, accompagnement technologique des agriculteurs et réduction massive des émissions de CO2.

  • Des propriétés en aromathérapie

Selon Mintel GNPD, 25% des lancements de parfums avaient des revendications botaniques et à base de plantes plus élevées que les quatre années précédentes, et 13% avaient des allégations d’aromathérapie (septembre 2017 à Août 2021). En France, la pharmacie est le lieu d’achat privilégié par les consommateurs d’aromathérapie, tant pour des huiles essentielles unitaires pures que des produits formulés comme compléments alimentaire, cosmétiques ou parfums d’ambiance, surtout en qualités bios pour les essences de citron et d’orange. Le marché global des huiles essentielles d’agrumes devrait générer un revenu maximal de 4 907, 12M $ (4 341,60M €) d’ici 2028, selon Research Dive, avec une utilisation intensive des essences d’agrumes pour leurs propriétés antibactériennes.

  • Les hespéridés en parfumerie

Si les agrumes sont connus pour leur caractère pétillant, les innovations technologiques permettent d’offrir aux parfumeurs des essences concentrées plus persistantes, qui apportent des effets caractéristiques aux notes de cœur. « Les demandes vont vers des qualités avec plus de rondeur, et une fraîcheur, qui rappelle le fruit dans le champ. Pour cela, la sélection des fruits et des terroirs est capitale, ainsi que le degré de maturité. Le choix des méthodes d’extraction et de transformation permet d’élargir les typicités des essences, en enlevant les furo-coumarines, ou en déterpènant, ce qui donne des citrus de plus en plus concentrés qui expriment leurs propres molécules typiques et vont dans le sens de la réduction des impacts environnementaux », explique Cyril Gallardo. « Les hespéridés traduisent une mouvance naturelle, énergisante, une envie de fraîcheur couplée à une rémanence puissante. De nouveaux extraits, et des agrumes tels le yuzu, le kumquat, sont réinventés dans variations inédites, facettées avec des accents verts croquants, travaillées avec des notes thé, des épices fraîches, tel le poivre Timur (Photo 8)  à la facette pamplemousse, ou le Forest Pepper aux accents zestés de mandarine et qui prolongent la fraîcheur » (Photo 9), illustre Julie Massé, parfumeur chez Mane (Photo 10).

  • Les colognes modernes

Mathilde Lion, experte beauté Europe The NPD Group, explique : « Sur le cumul de janvier à septembre 2021, sur le total Europe, les colognes sont en augmentation de +4% en valeur vs 2020, (et à -29% vs. 2019), une performance bien en dessous de celle des parfums au global qui progressent à +13% vs. 2020. La tendance actuelle en Europe est marquée par un accroissement des plus fortes concentrations, comme les eaux de parfums et les extraits. Les colognes, bien moins concentrées, progressent moins vite ». Isabelle Ferrand (Photo 11), Présidente de Cinquième Sens, remarque une diminution des lancements unitaires au sein de la famille des parfums hespéridés depuis deux ans, au profit de lignes et de nouveaux univers olfactifs en hespéridés. Ainsi, Courrèges avec les colognes Imaginaires, Le Couvent et ses Colognes de Mugler (Photo 12). Les dernières tendances mettent en avant de nouveaux twists avec les agrumes : des facettes vertes, type feuillage vert avec des notes maté, des muscs blancs, des bois, ou bien. Des accords marins type Calone. Certaines marques mettent l’accent sur les matières premières, ainsi Bergamote Calabria, Mandaraine Basilic de la collection Aqua Allegoria de Guerlain, ou l’Occitane avec Verveine Agrumes et Verveine Mandarine. Cinq mondes a lancé une gamme de qautre Eaux Fraîches Aromatiques. Les eaux de cologne familiales Bien-Être ou Mont Saint Michel (Envion 4€ les 250ml) ajoutent des variations à leur formule traditionnelle, telles deux offres certifiées Cosmebio avec l’Eau de Bien-Être, disponible en deux versions (environ 9,20€ les 75ml) (Photo 13). La marque de Leclerc €co+ propose, quant à elle, trois colognes bon marché à 1,44€ le litre. Par leur lecture facile et rassurante, les hespéridés inspirent confiance à une clientèle exigeante, et la filière des agrumes et un modèle, par sa stratégie d’économie circulaire, ses progrès écologiques et de durabilité, tournée vers les innovations et le futur.

 

Journalistes : Marielle Dubreuill Ruquet

Source : EXPRESSION COSMETIQUE

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