Social Louvre, des mécènes très fidèles

L’ouverture du Studio, centre pédagogique au coeur du Louvre, est l’occasion de se pencher sur l’offre éducative et sociale du premier musée de France, et de ses nombreux mécènes. Bernard Hasquenoph propose une série de deux articles sur le sujet. Voici la seconde partie.

Découvrez la première partie : Social Louvre, la médiation pour tous

Pour mener à bien ses programmes de médiation envers les scolaires, jeunes en insertion, personnes en grande précarité, réfugiées, détenues, malades ou porteuses de handicaps, le Louvre peut compter sur de nombreux mécènes. Une longue liste qui étonne car on n’y retrouve pas les grandes marques dont on a l’habitude au musée*.

 

Une fidélité sans failles

On s’interroge sur leur spécificité. « La fidélité, répond sans hésiter Yann Le Touher, responsable du mécénat, de la marque et des partenariats commerciaux au Louvre. La plupart sont déjà des fondations dont les axes de soutien sont des actions éducatives et sociales. Elles s’engagent pour 3 ou 5 ans et renouvellent souvent leur engagement. On essaie de créer des

projets qui permettent la pérennité ». En ce sens, la Petite Galerie ouverte en 2015 au rez-de-chaussée de l’aile Richelieu offrait une opportunité idéale. Si cet espace dédié à des expositions pluridisciplinaires sur un thème transversal de l’histoire de l’art, est ouvert à tous, il a été créé comme support à des actions d’éducation artistique et culturelle.

De nouvelles éditions thématisées

Avec une attention particulière à son accessibilité, grâce au soutien du Fonds Handicap & Société de la mutuelle Intégrance à destination des personnes vulnérables. Les groupes de l’éducation, du handicap et du champ social y sont accueillis prioritairement le mardi, jour de fermeture. Chaque édition, abordant une nouvelle thématique, offre l’occasion de nouveaux ateliers, contes et visites guidées, tandis que les précédentes expositions partent en itinérance, sous forme de reproductions, dans des lieux aussi variés qu’une bibliothèque d’université, un centre médico-social ou un centre commercial. Ainsi qu’en usine à plusieurs reprises grâce à la fondation PSA (Peugeot-Citroën), mécène de la Petite Galerie depuis son ouverture.

Cet espace a permis de « cristalliser » une partie des mécénats dédiés aux programmes éducatifs et sociaux au Louvre, dixit Yann Le Touher. Ce fut le cas de la fondation Total qui, mécène de la Petite Galerie de 2015 à 2017, soutenait auparavant la Semaine de la femme. Cependant, ces grandes fondations restent tributaires des restructurations de leur entreprise.

Le groupe PSA devenu Stellantis depuis sa fusion en janvier 2021 avec Fiat Chrysler Automobiles, sa fondation, tout en restant fidèle au Louvre, a suspendu ses appels à projets pour 2021, dans l’attente d’une redéfinition de « sa ligne philanthropique » comme l’indique son site.

Des changements internes

Des changements internes de gouvernance peuvent aussi avoir un impact. C’est le cas de la fondation Engie, mécène jusqu’en 2020 de la Petite Galerie. « On doit les revoir pour mettre à plat ce qu’on va faire avec eux », confie Yann Le Touher.

A ce jour, le Louvre a réuni 814 000 euros en mécénat pour des projets d’éducation artistique et culturelle en 2021, dont 350 000 pour les expositions de la Petite Galerie. Soit quasi autant qu’en 2019. D’autres, en plus d’apports numéraires, contribuent à la cause plus concrètement. La fondation RATP met à disposition des cars pour convoyer des publics, la question de la mobilité étant un frein souvent négligé de la fracture culturelle. La marque Canson fournit du papier à dessin pour les activités artistiques.

La MGEN, mutuelle historique des enseignants, fait circuler des kits pédagogiques de reproductions d’oeuvres du musée, en priorité en zones rurales isolées, via ses antennes régionales. Ce type de fondations, selon le responsable du Louvre, seraient moins gourmandes en contreparties qu’un mécénat classique d’entreprise, se limitant souvent à de la communication interne et à faire profiter d’entrées au musée des associations qu’elles suivent elles-mêmes.

Le projet de la Petite Galerie se doublait d’un centre pédagogique de 1200m2, dénommé le Studio, qui aura mis six ans à aboutir. Des salles en face servaient de lieu de stockage. Elles accueillent aujourd’hui 9 confortables ateliers de pratique artistique et d’accueil des formations (avec de grands lavabos et une salle insonorisée avec mur miroir pour l’expression corporelle), contre 5 petites salles logées auparavant sous la Pyramide. Il faut d’abord traverser une galerie dénommée le Forum, long salon équipé de gradins, de sièges design et de grands coussins au sol.

Accessible librement à tous les visiteurs munis d’un billet d’entrée au musée, on peut s’y poser, consulter des livres, faire un puzzle ou dessiner, assister à des lectures ou à des démonstrations, par exemple de métiers du musée… Une première au Louvre.

Médias associatifs

Du mécénat anglo-saxon

Une autre spécificité du mécénat des activités éducatives et sociales du musée apparaît : la prédominance de donateurs anglo-saxons, en individuel ou collectivement. Le Studio, d’un coût de 5,45 millions d’euros, a ainsi été mécéné pour une part importante par les American Friends of the Louvre (chiffre non communiqué).

« L’éducation est un des sujets les plus soutenus auprès des institutions culturelles aux Etats-Unis. On savait que pour ce projet-là, les Américains répondraient », indique Yann Le Touher. D’ailleurs, les centres éducatifs, anciens dans les musées américains, ont pu être une source d’inspiration pour le Louvre. Le confinement a ensuite poussé l’équipe mécénat du musée à concrétiser une idée qu’elle gardait dans ses tiroirs : créer une vente aux enchères en ligne au profit des activités du Studio en collaboration avec Christie’s et Drouot, et le musée comme fil rouge.

Parmi les lots donnés pour l’essentiel par des partenaires : des oeuvres d’artistes, des produits de luxe et des expériences exclusives comme assister à l’examen annuel de la Joconde ou déambuler sur les toits du Louvre avec l’artiste JR. « Je me suis dit, c’est le bon moment, raconte le responsable. On peut toucher le monde entier et faire rayonner différemment le nom du Louvre, de façon intelligente. Cela a pu faire grincer des dents mais je considère que lever presque 2,4 millions d’euros en pleine pandémie, c’était audacieux ».

La visée sociale de la vente aurait été mobilisatrice. La coquette somme assurera le fonctionnement du Studio durant 3 ans, rendant ses activités entièrement gratuites, y compris les ateliers artistiques pour tous, enfants et adultes (à l’exception des ateliers danse).

Une proposition unique dans un musée parisien. Ingratitude de la vie publique, Jean-Luc Martinez, le président du Louvre qui a initié le projet en 2015 en même temps que la Petite Galerie, n’en aura pas récolté les fruits puisque remercié avant son ouverture. Les visiteurs, si.

Bernard Hasquenoph

* Mécènes du musée du Louvre en soutien à ses missions d’éducation artistique et culturelle pour l’année 2021-2022 : la Fondation PSA, le Fonds Handicap & Société par Intégrance, Alex Taylor en mémoire d’Anne Cox Chambers, Madame Krystyna Campbell-Pretty et la famille Campbell-Pretty ainsi que le Fonds Susan D. Diskin, Ph.D. au sein du Fonds de dotation du Louvre pour leur soutien à la Petite Galerie du Louvre ; les American Friends of the Louvre et Avery et Andrew Barth pour avoir rendu possible, grâce à leur généreux soutien, la création du Studio. Les artistes, les grandes maisons et les enchérisseurs pour leur généreux soutien au profit du Studio à travers la vente aux enchères «Bid for the Louvre ». TOTO pour avoir rendu possible l’équipement des sanitaires ; la Fondation groupe RATP pour son soutien envers les publics du champ social ; le Fonds Elahé Omidyar Mir-Djalali, au sein du Fonds de dotation du Louvre, pour son soutien envers les publics du champ social ; la MGEN pour son soutien aux programmes d’éducation artistique et culturelle en milieu scolaire ; la Fondation Crédit Agricole Solidarité et Développement avec le Fonds de dotation Crédit Agricole Brie Picardie Mécénat et Solidarité ainsi que la Fondation Orange pour leur soutien au programme Le Louvre à l’hôpital ; le Fonds Frédéric Jousset, au sein du Fonds de dotation du Louvre, pour son soutien au programme Le Louvre en prison ; Agon Shu pour son soutien en faveur de l’accessibilité ; Norline & Cinquième Sens, partenaires des outils de médiation du musée ; Canson pour son soutien aux ateliers de pratique artistique du musée ; Olalar, le magazine pour les petits curieux d’art de 4 à 7 ans, partenaire de « La boîte à histoires ».

Source : www.carenews.com

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